[WIENER WERKSTÄTTE]. [RELIURE]. [PRESSE PRIVÉE]. [HOFFMANN (Joseph)]. [PECHE (Dagobert)]. VERWEY (Albert).

REMARQUABLE RELIURE EN PEAU DE LÉZARD
DE LA WIENER WERKSTÄTTE
RÉALISÉE PAR JOSEF HOFFMANN,
AVEC UN TISSU CRÉÉ PAR DAGOBERT PECHE

[WIENER WERKSTÄTTE]. [RELIURE]. [PRESSE PRIVÉE].[HOFFMANN (Joseph)]. [PECHE (Dagobert)]. VERWEY (Albert).

Het Eigen Rijk.

‘S Gravenhage [La Haye], De Zilverdistel, 1912.
In-4 (21,6 x 17,6 cm) de 144 pp. – Reliure en peau lézard poli, sur les plats décor mosaïqué de plusieurs pièces de peau de lézard disposées autour d’une pièce centrale ronde, entourée de deux cercles de pointillés dorés simples, dos à nerfs orné, doublure et gardes de soie de la Wiener Werstätte imprimée de motifs végétaux stylisés gris-bleu disposés en croisillons losangés en camaïeu de bleu, tête doré, étui recouvert de papier à la colle également de la Wiener Werkstätte (reliure signée à la dorure sur la deuxième contregarde en soie « J[oseph] H[offmann] Wiener Werkstätte »).
Provenance : Collection privée française.

18 000 €

ÉDITION ORIGINALE DE CE RECUEIL DE POÈMES DU POÈTE HOLLANDAIS ALBERT VERWEY IMPRIMÉ PAR LES PRESSES PRIVÉES DE ZILVERDISTEL.

Édition limitée à 100 exemplaires. Fondée à La Haye en 1910, cette première presse privée hollandaise se distingue notamment par son souci de la perfection typographique, à l’exclusion de toute illustration, et par sa volonté de privilégier les œuvres contemporaines inédites.

IMPORTANTE RELIURE DE LA WIENER WERKSTÄTTE CONÇUE PAR JOSEPH HOFFMANN EN PEAU DE LÉZARD MOSAÏQUÉE AGRÉMENTÉE DE TISSU EN SOIE CRÉÉ PAR DAGOBERT PECHE.

En 1903, Josef Hoffmann (1870-1956) et Koloman Moser (1868-1918) fondent la Wiener Werkstätte [les Ateliers viennois]. Face à la massification industrielle, ce groupement d’artistes et d’artisans voulut, dans l’esprit de la Sécession viennoise, renouveler les arts appliqués en créant des modèles modernes dans un égal souci du choix des matériaux et d’une parfaite réalisation technique. Des artistes de renom, tels Gustav Klimt, Oskar Kokoschka ou Dagobert Peche, produiront, sous la marque de cette association, des œuvres dans des domaines aussi variés que l’architecture, la mode, la bijouterie, l’orfèvrerie, le mobilier, les tissus ou encore l’édition et la reliure.

Dès l’origine, Joseph Hoffmann, influencé par William Morris, donne une large part au livre. Il est convaincu qu’un « livre est un tout » exigeant les meilleurs papiers, les plus belles mises en page et les reliures les plus soignées. « La reliure de qualité a totalement disparu. Le dos brisé, le piquage, les tranches négligées, le brochage médiocre et le mauvais cuir sont désormais la règle. Tout ce que nous avons maintenant, c’est une reliure que l’on dit originale, une couverture fabriquée en série et abondamment imprimée à partir de clichés. La machine travaille assidûment et remplit nos bibliothèques d’ouvrages de piètre qualité d’impression ; son record réside dans son caractère bon marché. Mais tout homme de culture devrait être rebuté par cette opulence, car d’une part, cette simplicité de fabrication implique un niveau de responsabilité moindre, et d’autre part, l’abondance est source de futilité (…). Il faut considérer l’ensemble du livre comme une œuvre d’art et l’évaluer comme telle » (extrait du programme de travail de la Wiener Werkstätte).

Dans cet esprit, il ouvre un atelier de reliure dont il donne la direction au relieur Carl Beitel (1866-1917). Hoffmann et Moser, ainsi plus tard que Dagobert Peche et d’autres artistes fournissent les maquettes dont l’atelier assure l’exécution. La première exposition de reliures de Hoffmann et Moser eut lieu à Vienne en février 1905, à la galerie Miethke. L’atelier réalisera deux types de travaux : des modèles reproduits en plus ou moins grand nombre destinés à des éditions, et des commandes privées, plus ambitieuses et uniques, à l’instar de notre reliure sans aucun doute commanditée à Joseph Hoffmann par un grand collectionneur viennois que nous n’avons pu identifier.

UNE CRÉATION CONJOINTE DE JOSEPH HOFFMANN ET DAGOBERT PECHE.

Vraisemblablement créée vers 1920, notre reliure manifeste parfaitement l’originalité des recherches esthétiques d’Hoffmann. L’emploi du lézard, un peau habituellement peu utilisée en reliure à cette époque, et sa mise en œuvre privilégient les seuls effets esthétiques de son grain et de sa couleur naturelle, très proches en cela de quelques spécimens réalisés en peau de grenouille (pour un exemple voir le lot n°150 de la vente Collection d’un Bibliophile chez Pierre Bergé et Associés du 14 février 2018). L’assemblage des pièces de cuir est souligné par un fin et délicat pointillé doré, motif récurrent chez Hoffmann, y compris sur d’autres supports comme le métal ou la céramique. Par ailleurs la sobre mais élégante grammaire des plats est harmonieusement contrastée par les doublures et gardes revêtues d’un tissu de soie blanche, particulièrement lumineux, imprimé de délicats motifs végétaux enserrés dans un réseau losangé en camaïeu de bleu. Ce modèle intitulé « Sonnenband » fut créé par Dagobert Peche entre 1918 et 1924. Destiné à la confection de larges rubans, il fut décliné en quatre couleurs (orangé, bistre, bleu et rouge).

Très bel exemplaire remarquablement conservé. Les reliures en peau de lézard de la Wiener Werkstätte, si singulières de la production de l’atelier viennois, sont rare.

R. Pichler, Wiener Werkstätte. Lederobjekte, Wien, Museum für Angewande Kunst (MAK), 1992 – A. Völker, Textiles de la Wiener Werkstätte, 1910-1932, Flammarion, 1994 – P. Noever, Dagobert Peche and the Wiener Werkstätte, New York, yale/Neue Galerie, 2002 – Wiener Werkstätte Lagerbuch, 2, n°69 [3] : « Sonnenband 3 Bd. 1 – Arch. D. Peche, MAK.