[WIENER WERKSTÄTTE]. [RELIURE PEINTE]. [SCHASCHL (Reni)]. BOCCACE (Giovanni di).

REMARQUABLE RELIURE
DE LA WIENER WERKSTÄTTE
PEINTE PAR RENI SCHASCHL
COMMANDITÉE PAR LE COLLECTIONNEUR VIENNOIS
MAX MORGENSTERN

[WIENER WERKSTÄTTE].[RELIURE PEINTE]. [SCHASCHL (Reni)].
BOCCACE (Giovanni di).

Das Leben Dantes.

Leipzig, Éditions Insel, 1909.
In-4 (26 x 16,5 cm) de 73 pp. et (3) pp. – Reliure en plein parchemin peinte à la main, la palette de couleurs utilisée pour décorer la reliure, allant du noir sur les bords extérieurs à l’ivoire au centre en passant par deux nuances de gris différentes, donne l’impression d’un triple encadrement, au centre, une couronne de laurier représentée dans différents tons de vert est maintenue par un ruban rose, sur le plat postérieur se trouve au centre un bouquet stylisé de fleurs de différentes couleurs, gardes en papier doré imprimé de la Wiener Werkstätte, tranche dorée, emboîtage recouvert de papier à la colle également de la Wiener Werkstätte (reliure de Reni Schaschl, signée « Wiener Werkstätte » et « Reni Schaschl – 1919 »).
Provenance : Collection de Max Morgenstern – Collection privée française.
Exposition : Grillparzenhaus de Vienne (2015).

25 000 €

TRÈS IMPORTANTE ET RARISSIME RELIURE DE LA WIENER WERKSTÄTTE PEINTE PAR L’ARTISTE VIENNOIS RENI SCHASCHL.

ELLE A APPARTENU À LA FAMEUSE COLLECTION DE 23 RELIURES COMMANDITÉES À LA WIENER WERKSTÄTTE PAR MAX MORGENSTERN.

ELLE FUT EXPOSÉE À LA GRILLPARZENHAUS DE VIENNE EN 2015.

En 1903, Josef Hoffmann (1870-1956) et Koloman Moser (1868-1918) fondent la Wiener Werkstätte [les Ateliers viennois]. Face à la massification industrielle, ce groupement d’artistes et d’artisans voulut, dans l’esprit de la Sécession viennoise, renouveler les arts appliqués en créant des modèles modernes dans un égal souci du choix des matériaux et d’une parfaite réalisation technique. Des artistes de renom, tels Gustav Klimt, Oskar Kokoschka ou Dagobert Peche, produiront, sous la marque de cette association, des œuvres dans des domaines aussi variés que l’architecture, la mode, la bijouterie, l’orfèvrerie, le mobilier, ou encore l’édition et la reliure.

Dès l’origine, Joseph Hoffmann, influencé par William Morris, donne une large part au livre. Il est convaincu qu’un « livre est un tout » exigeant les meilleurs papiers, les plus belles mises en page et les reliures les plus soignées. « La reliure de qualité a totalement disparu. Le dos brisé, le piquage, les tranches négligées, le brochage médiocre et le mauvais cuir sont désormais la règle. Tout ce que nous avons maintenant, c’est une reliure que l’on dit originale, une couverture fabriquée en série et abondamment imprimée à partir de clichés. La machine travaille assidûment et remplit nos bibliothèques d’ouvrages de piètre qualité d’impression ; son record réside dans son caractère bon marché. Mais tout homme de culture devrait être rebuté par cette opulence, car d’une part, cette simplicité de fabrication implique un niveau de responsabilité moindre, et d’autre part, l’abondance est source de futilité (…). Il faut considérer l’ensemble du livre comme une œuvre d’art et l’évaluer comme telle » (extrait du programme de travail de la Wiener Werkstätte).

Dans cet esprit, il ouvre un atelier de reliure dont il donne la direction au relieur Carl Beitel (1866-1917). Hoffmann et Moser, ainsi plus tard que Dagobert Peche et d’autres artistes fournissent les maquettes dont l’atelier assure l’exécution. La première exposition de reliures de Hoffmann et Moser eut lieu à Vienne en février 1905, à la galerie Miethke. L’atelier réalisera deux types de travaux : des modèles reproduits en plus ou moins grand nombre destinés à des éditions, et des commandes privées, plus ambitieuses et uniques, à l’instar de notre reliure spécialement commandée par le grand collectionneur viennois Max Morgenstern.

Max Morgenstern commanda pas moins de vingt-trois reliures à la Wiener Werkstätte formant ainsi une des collections les plus riches et les plus prestigieuses de ce type de reliures.

Josef Hoffmann a réalisé dix-huit des vingt-trois reliures. Parmi les cinq reliures restantes seules deux présentes un décor peint, celle de Mathilde Flögl pour le « Hundertdruck » et la nôtre conçue et réalisée par l’artiste Reni Schaschl pour « Das Leben Dantes » (La Vie de Dante) de Boccace. Les plats représentent une couronne de laurier triplement encadrée dans un dégradé allant du noir au gris clair peint avec une grande douceur de tons. Le travail des couleurs de l’ensemble de la reliure est absolument remarquable avec son étiquette en trompe l’œil au dos, le sublime papier de garde doré et agrémenté de motifs floraux rouges peints et l’élégant papier à la colle de l’étui.

Les vingt-trois reliures réalisées par la Wiener Werkstätte pour Max Morgenstern représentent bel et bien l’une des dernières grandes collections de reliure commanditées par de grands collectionneurs. Nombre de collections de ce type, la plupart établies pour des membres de la grande bourgeoisie juive, ont disparu depuis ou ont été vendues dans les décennies qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale.

Très bel exemplaire remarquablement conservé. Les reliures peintes de la Wiener Werkstätte, si singulières de la production de l’atelier viennois, sont d’une grande rareté. De même les spécimens dont le commanditaire nous est connu sont également très rares et particulièrement recherchés.

Norbert Donhofer, Sammlung Max Morgenstern 2, 23 Einbände der Wiener Werkstätte für Max Morgenstern, 2015.

25 000