OBSÉDANTES SIRÈNES

 

PRÉCIEUX EXEMPLAIRE DE PIERRE LOUYS

 

KASTNER (Georges). [MUSIQUE].

Les Sirènes.

Essai sur les principaux mythes relatifs à l’incantation, les enchanteurs, la musique magique, le chant du cygne, etc. …et suivi de Le Rêve d’Oswald ou les Sirènes, Grande symphonie dramatique vocale et instrumentale par Georges Kastner.

Paris, G. Brandus et S. Dufour, Jules Renouard et Cie, 1858.

Grand in-4 de (2) ff., viii pp. (la dernière non chiffrée), 158 pp. (la dernière non chiffrée), XII planches lithographiées, pp. 159 à 164 et 208 pp. (la dernière non chiffrée) – Demi-toile verte à la bradel, dos lisse, pièce de titre en chagrin noir, fleuron doré au dos, couverture verte conservée (reliure fin XIXe siècle).

 

Provenance : Pierre Louys (ex-libris manuscrit à l’encre rouge sur le faux-titre).

ÉDITION ORIGINALE TRÈS RARE DE CETTE SOMME SUR LES SIRÈNES.

 

Bien complet des 12 planches lithographiées.

 

Joyeux touche à tout, Georges Kastner qui fut élève au conservatoire de Paris et ami de Meyerbeer, Rossini et Berlioz, se passionne là pour le chant des sirènes et accessoirement des cygnes. Il en résulte une étonnante étude, délicieusement érudite sur la nature et la place des sirènes dans les différentes mythologies et les récits des voyageurs. Pris également sous le prisme de l’interprétation des arts, Kastner se focalise naturellement sur l’analyse (en partie conjecturale) du fameux chants des femmes-poissons dont on sait au moins depuis les pérégrinations d’Ulysse qu’il vaut mieux se boucher les trompes d’Eustache avec de la cire ou s’attacher fermement aux mâts.

 

Prolongeant la théorie avec la pratique, Kastner donne dans la deuxième partie du livre la partition musicale une grande symphonie dramatique vocale et instrumentale dont il a lui-même composé la musique sur des paroles de Francis Maillant, intitulée Le rêve d’Oswald ou les Sirènes. Il prolongera cette expérience initiatique en créant en 1872 le pyrophone, sorte d’orgue composé de tuyaux de verre et fonctionnant au gaz sur lequel César Frank eut le plaisir de jouer.

 

PRÉCIEUX EXEMPLAIRE DE PIERRE LOUYS.

 

Sans nul doute le présent exemplaire servit de documentation à Pierre Louys pour s’acclimater aux charmes mélodieux et à la puissance érotique des Sirènes. Il semble qu’il ait eu un projet de recueil poétique sous le titre Vers les yeux des sirènes, mais dont seul le sonnet éponyme parut dans La Conque en janvier 1892 et fut inséré dans Astarté la même année.

 

De vos terribles voix, déesses de la brume !

Grands poissons glauques d’où fleurissent des corps blancs,

Nus miroirs de la lune et des flots nonchalants,

Vous qui chantez vos yeux dans les algues, Sirènes !

Quand nous aurons touché vos bouches, vous pourrez,

D’un signe seulement de vos doigts adorés

Délivrer dans la mort nos âmes plus sereines.

 

Très bel exemplaire de ce livre rare.

Introuvable avec ses couvertures vertes d’origine bien présentes ici.

 

1800