Le Desportes de 1600 en maroquin fauve de l’époque

 

Avec un sonnet de Ronsard en édition originale 

DESPORTES (Philippe).

Les premières œuvres de Philippes Des-Portes. 

Dernière edition reveüe & augmentée.

Paris, Mamert Patisson, 1600.

In-8 (165 x 105 mm) de (8) ff., 338 ff. et (6) ff. – Maroquin fauve, double encadrement doré, dos à nerfs, double encadrement doré aux entre-nerfs avec fleuron doré, titre doré, filet doré sur les coupes, tranches dorées, (reliure de l’époque).

 

Provenance : James Hartman (ex-libris).

LA DERNIÈRE ÉDITION REVUE PAR DESPORTES, EN PARTIE ORIGINALE.

 

Le « Tibulle françois », l’archétype du poète de cour

 

Le chartrain de naissance, Philippe Desportes, vit le jour en 1546, fut destiné tôt à l’état ecclésiastique (qui plus qu’un état pouvait s’envisager alors comme une carrière) et eut une éducation de qualité. Employé chez un procureur, il s’y fit promptement exfiltrer pour avoir, si l’on en croit Tallemant des Réaux l’un des meilleurs chroniqueurs people des anciens temps, quelque peu butiné madame. Il s’engagea alors comme secrétaire de l’évêque du Puy qu’il accompagna à Rome. C’est là qu’il découvrit la poésie italienne infusée de néo-pétrarquisme et l’art d’être un courtisan habile.

 

Armé de ces solides bagages il rentra en France en 1567 où il s’immisça avec talent dans l’entourage du duc d’Anjou, futur Henri III, se forgea à coups d’épigrammes et d’entregent une place de poète officiel de la Cour et devint le rival, puis l’égal d’un Ronsard un peu déclinant et passablement énervé par son jeune concurrent. Il fut alors le poète le plus admiré de son époque et son influence fut incontestable sur presque deux générations, du règne d’Henri III à celui de Louis XIII.

 

S’il est vrai que Desportes eut une haute idée de sa propre gloire, une expertise de premier ordre sur les moyens de parvenir et de se maintenir dans un milieu courtisan dont il savait plus que tout autre chanter les amours et les frivolités, et une capacité plus que tenace à susciter honneurs et subsides financiers qui se devaient d’accompagner son statut de poète le plus célébré du temps, il serait néanmoins injuste de le confiner dans un statut de poète secondaire. Bien au contraire, nul mieux que lui ne sut amplifier et harmoniser en français les canzoni et les concertti italiens. Or, tout en ayant italianisé sa pensée (et il le fallait pour rayonner dans une cour où l’influence italienne était particulièrement prégnante depuis François 1er), il sut, entre Ronsard et Malherbe, préserver son langage et lui donner une clarté, une pureté et une élégance typiquement française.

 

La dernière édition revue par Desportes

 

Cette célèbre édition de 1600 chez Mamert Patisson, est certainement siècle l’une des plus constamment recherchée par les amateurs de poésie du XVIe. Elle doit de se démarquer des trente-cinq autres qui l’ont précédé au le fait d’être une réalisation typographique de premier ordre (netteté de l’impression, l’harmonie de la mise en page, élégance de l’italique,  qualité du papier). Certains y ont vu une « édition testament » voulue par Desportes, lequel meurt en 1606, en dépit du fait que les modifications apportées ne sont pas si nombreuses. A vrai dire, elle ne comprend, outre quatre poèmes en édition originale, que quelques transferts de pièces d’une partie à l’autre sans véritable intention apparente d’en modifier fondamentalement la structure. D’un autre coté pourquoi Desportes l’aurait-il bouleversée, s’il estimait que cela lui convenait, et il n’en reste pas moins que cette dernière revue par ses soins donne toute sa valeur à cette édition de référence. En d’autres termes si le testament ne fut pas de droit, il est de fait (et ce jusqu’à preuve du contraire).

 

Cette édition de 1600 a aussi la particularité de présenter, à la fin des Derniers Amours, un sonnet en édition originale de Ronsard. Certains contestèrent que cela fut effectivement un poème authentique de Ronsard, notamment au visa de la rivalité un moment tenace entre les deux hommes, mais il semble qu’un consensus se soit maintenant dégagé et qu’il est « fort probable que Ronsard, réconcilié avec Desportes à la fin de sa vie, lui ait offert ces vers entre 1583 et 1585 » (Nicolas Ducimetière).

 

Superbe et précieux exemplaire en maroquin fauve de l’époque d’une édition devenue peu fréquente et que l’on trouve le plus souvent reliée en maroquin du XIXe siècle.

 

Habille restauration à une coiffe.

Nicolas Ducimetière, Mignonne, allons voir…Fleurons de la bibliothèque poétique Jean-Paul Barbier-Mueller, p. 236, n° 63 ; Tchemerzine-Scheler, II, p. 890 ; Robert Sabatier, Histoire de la poésie française. La poésie du seizième siècle, pp. 241-244.

9000