Écrire l’amitié à l’aune de la lecture

RIVIÈRE (Jacques) et ALAIN-FOURNIER.

Correspondance. 1905-1914.

 

Paris, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1926.

4 volumes in-4 (220 x 170 mm pour chacun des volumes) de (2) ff. (lettre en facsimile d’Alain-Fournier), 388 pp. et (2) ff. (achevé d’imprimé et blanc) ; 2) ff. (lettre en facsimile d’Alain-Fournier), 380 pp. et (2) ff. (achevé d’imprimé et blanc) ; 396 pp. et (2) ff. (achevé d’imprimé et blanc) ; 352 pp. et (2) ff. (achevé d’imprimé et blanc) – Broché, couvertures imprimées, en grande partie non coupé (brochage d’origine).

 

Provenance : Ronald Davis (spécialement imprimé pour).

ÉDITION ORIGINALE DE L’UN DES CHEFS D’ŒUVRE DE LA CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE. 

 

Un des 109 exemplaires de tête réimposés dans le format in-4 tellière et un des 100 destinés aux Bibliophiles de la NRF (ex. n° XLVI imprimé pour Ronald Davis).

 

Jacques Rivière et le futur père du Grand Meaulnes se sont connus en octobre 1903 au lycée Lakanal de Sceaux, où ils préparaient le concours d’entrée à l’École normale. La rencontre n’eut tout d’abord rien du coup de foudre que l’on aurait pu imaginer. En fait entre les deux (point encore) amis tout commença par une lecture (il s’agissait du Tel qu’en songe d’Henri Régnier) où ils se découvrirent des affinités communes et une concordance de sensations et d’évidences.

 

Par la suite liés par un véritable pacte d’amitié, Jacques Rivière et Alain-Fournier ont offert une des correspondances croisées les plus fascinantes de notre histoire littéraire. Si le genre est formellement épistolaire on est loin là des poncifs du genre. La cohérence de l’ensemble et les harmonies produites à la lecture de chaque lettre en font un mode d’apprentissage et d’appréhension en commun du monde.

 

Ce que montre la Correspondance, son articulation même en fait, c’est que « la lecture s’impose comme lien : si lire, c’est établir des relations – entre deux systèmes de signes notamment – il est évident ici que cette définition s’étend du domaine purement cognitif au domaine existentiel en liant entre eux Rivière et Fournier, d’un lien indéfectible et presque magiquement noué ; elle crée en outre, en même temps qu’une amitié, une communauté, par le sentiment de reconnaissance qu’elle suscite à plusieurs niveaux : entre l’auditoire et le poète, et entre les membres de l’auditoire eux-mêmes dont s’excluent naturellement, par leurs ricanements, les béotiens et les « forts en thème » ».

 

 

C’est par la lecture donc, art de très haute voltige pour nos deux amis,  que se construisit cette amitié tout en révélant dans leurs échanges les étoiles montantes du moment (dont Claudel, Péguy et Valéry) et en offrant un aperçu saisissant de l’ensemble de la vie littéraire de la Belle Époque. Comme un juste retour des choses, la Correspondance a par la suite grandement nourri des générations de lecteurs et d’écrivains, de Simone de Beauvoir à Guy Debord.

 

Très bel exemplaire.

Julie Aucagne, La correspondance de Jacques Rivière et Alain-Fournier : une aventure de lecture, Itinéraires, Littérature, Textes, Cultures – Dossier : Vies possibles, vies romanesques, pp. 71-86.

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