SOUVESTRE (Pierre). ALLAIN (Marcel).

Fantômas.





La livrée du crime.
La mort de Juve.
Le mariage de Fantômas.
L’assassin de Lady Beltham.

Paris, Arthème Fayard, 10 février 1910.
Paris, Arthème Fayard, 20 février 1912.
Paris, Arthème Fayard, 1er mars 1912.
Paris, Arthème Fayard, 6 juin 1912.
Paris, Arthème Fayard, 6 juin 1912.
Paris, Arthème Fayard, 20 juillet 1912.






In-12 (185 x 120 mm) de 414 pp. – Broché, couverture illustrée (illustrateur anonyme), non coupé (brochure d’origine).
In-12 (185 x 120 mm) de 378 pp. et (2) ff. – Broché, couverture illustrée (Starace), non coupé (brochure d’origine).
In-12 (185 x 120 mm) de 382 pp. et (1) f. – Broché, couverture illustrée (Starace), non coupé (brochure d’origine).
In-12 (185 x 120 mm) de 377 pp. et (3) ff. – Broché, couverture illustrée (Starace), non coupé (brochure d’origine).
In-12 (185 x 120 mm) de 384 pp. – Broché, couverture illustrée (Starace), non coupé (brochure d’origine).





ÉDITIONS ORIGINALES.

Fantômas est bien, comme il se doit, l’édition à 35 centimes avec la célébrissime couverture illustrée le montrant avec un poignard ensanglanté (qui sera ultérieurement retiré). Les autres volumes ont une étiquette (2FR50) contrecollée sur la couverture (et au dos pour La livrée du crime) par l’éditeur pour des raisons commerciales bien après leur parution, mais sont bien tous en édition originale à 65 centimes.

Un mythe littéraire pour des peurs collectives.

L’erreur serait de ne considérer Fantômas que comme un simple héros de roman populaire tout juste bon à épuiser le besoin de divertissement de voyageurs en attente de trains. C’est justement parce qu’il fut, en pleine Belle Époque, populaire que Fantômas est symptomatique de son temps et qu’il est donc avant tout terriblement littéraire. Qu’Apollinaire, Max Jacob, Robert Desnos ou Cocteau (pour ne citer qu’eux) l’aient accueilli avec ferveur et prescience n’a fait qu’accréditer l’évidence : Fantômas fut à part entière un des mythes constitutifs de notre modernité et le catalyseur des angoisses début de siècle. Les temps étaient alors à la violence publique, souvent en « bande » (voir le n°6 de ce catalogue), permanente, sanglante et explosive (les souvenirs des agissements irréductibles des anarchistes étaient encore très présents). De cela sourdait une peur contenue, mais diffuse car tout poussait inexorablement, mais l’air de rien, au conflit mondial qui bientôt serait là. Cette peur il fallait la juguler, en jouer pour ne pas se laisser submerger et trouver quelques catharsis qui permettent de se supporter les uns les autres ; cette peur il fallait s’en divertir. La Belle Époque y tint ce rôle et Fantômas le sien. Fantômas fut donc bien autre chose qu’une littérature de seconde zone qu’il aurait fallu (et faudrait) dénigrer.

Fantômas toucha donc directement au mythe et si le mythe se cristallisa à ce point, cela est du en grande partie à la fréquence soutenue (mensuellement) avec laquelle le public était nourri de ses aventures, mais surtout à la puissance émotionnelle de l’image. Et l’image chez Fantômas c’est la prépondérance emblématique de la couverture. À partir du n° 2 de la série elle fut l’œuvre de l’illustrateur italien Gino Starace qui sut avec percussion saisir l’essence du roman dans son moment le plus dramatique et ainsi parachever le désir d’achat chez les lecteurs avides. Avec ironie, la couverture du premier roman de la série, qui est devenu l’image mythique du héros dans la conscience collective, doit tout au hasard et à un glorieux anonyme. Insatisfait des propositions qu’on lui faisait Arthème Fayard sortit d’un carton cette image dessinée pour une réclame, oubliée là par un illustrateur publicitaire dont l’identité nous est restée inconnue. Un poignard ensanglanté et quelques autres retouches furent ajoutés, Fantômas à travers son loup inquiétant regarda alors le monde dans les yeux, directement et sans échappatoire. On fut fasciné, envoûté et on eut délicieusement peur. L’aventure put enfin commencer… jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale, où la peur, délicieuse et prémonitoire se transforma en terreur.

Rare ensemble dans un état proche du neuf. Les dos sont bien carrés, les couvertures sont nettes, aucune pliure (à l’exception du premier volume) n’est à déplorée, les pages sont non coupées. Exceptionnel dans cet état.

La Tour de Feu, Fantômas ?… c’est Marcel Allain, 1965 ; Revue Europe, Fantômas, Juin-juillet 1978 ; Revue Le Rocambole, Bulletin des amis du roman populaire, Fantômas centenaire, n° 54, 2011.

2500