Semaine touristique, burlesque et satirique à Amsterdam

LE JOLLE (Pierre).

Description de la ville d’Amsterdam, en vers burlesques.

Selon la visite des six jours d’une semaine.

Amsterdam, Jacques Le Curieux, 1666.

In-12 (77 x 127 mm) de 5 ff. (frontispice, titre, dédicace), (3) ff. (préface), 317 pp. et (1) f. (blanc) – Maroquin rouge, dos à nerfs richement doré, double filets et roulette dorés d’encadrement sur les plats, plats entièrement ornés d’une semis de fleurs et de fleurons dorés, tranches dorées et ciselées (reliure de l’époque).


Provenance : Lormier (ex-libris sur une garde volante).


ÉDITION ORIGINALE.

Dans la veine burlesque

L’édition, qui se joint à la collection des Elzevier, est illustrée d’un frontispice gravé en taille-douce, d’une facture fine, non signé. Est représentée une Minerve portant marotte et montrant à un groupe de personnages d’apparence asiatique un plan d’Amsterdam.

Au mitan du XVIIe siècle, l’ouvrage s’inscrit dans la lignée des différentes versions des villes européennes « ridicules et burlesques », comme La ville de Paris en vers burlesque de Berthot ou la génialissime Rome ridicule de l’immense Saint Amant. Se mélangent dans ce type d’ouvrage de multiples saillies satiriques ridiculisant et rabaissant les importants, ceux qui le sont, ceux qui croient l’être et une foultitude d’autres groupes sociaux par trop pharisiens.

Un véritable voyage sociologique

De Pierre Le Jolle on a d’abord cru qu’il s’agissait d’un pseudonyme (derrière lequel aurait notamment pu se cacher le croustillant aventurier libertin Corneille de Blessebois, éditeur du Voyage de Brême dont certains passages ressemblent forts (mais surement à l’insu de leur plein gré) avec certains autres de notre édition). Toutefois, d’après Willems, il semble que ledit Pierre Le Jolle ait bien existé, qu’il soit né en 1630 à Dieppe et qu’il connut Amsterdam comme sa poche pour s’y être installé, établi commerçant et marié en 1658 avec une certaine Hélène van Drielenburg. C’est donc dans la capitale incontestable de l’Europe capitalistique du temps, conquérante, grouillante et industrieuse qu’il va nous promener.

La dédicace qu’il inscrit en tête de l’ouvrage est destinée « A très-vilains, tres-sales, tres-lourds, tres mal-propres & tres-ignorants Messieurs les Boüeurs et cureurs des canaux d’Amsterdam », sorte de gardiens du temple pour ainsi dire. L’ouvrage se poursuit comme une manière de reportage versifié, véritablement instructif sur les coutumes, les activités, les métiers de la ville et des personnages du petit peuple lequel, à l’instar des dominants, n’échappe pas au jeu du langage parodique et passe aussi par le tamis du burlesque. Avec une verve malicieuse et de beaux effets réellement poétiques on pérégrine avec entrain dans cette ville de ports et de canaux pour saisir les détours les plus pittoresques de l’urbanité batave. Si le ton est léger (satire et burlesque obligent), c’est une manière de leçon de géographie qui est aussi en jeu dans ces visées tant patrimoniales que sociologiques. Le groupe asiatique du frontispice vient rappeler là l’aspect touristique et candide des choses dans cette déambulation, rythmée par chaque jour de la semaine.

 

L’exemplaire provient de la grande et belle collection de Charles Lormier, juriste rouennais du XIXe siècle et fondateur de la Société des bibliophiles normands. Ses livres furent dispersés en six ventes de 1901 à 1907.

 

Très bel exemplaire dans une curieuse et riche reliure en maroquin de l’époque. Rare dans cette condition.


 

Brunet, Manuel du libraire et de l’amateur de livre, III, 954 ; Willems, Les Elzevier, 1756 ; Viollet le Duc, Catalogue, I, 526-527 ; Gay-Lemonnyer, Bibliographie des ouvrages relatifs à l’amour, aux femmes et au mariage, I, 876 (« Ce volume est recherché des bibliophiles »).

2500