Larrons et prisons à la mode espagnol­­­­­e au début du XVIIe siècle

GARCIA (Carlos). [AUDIGUIER (Vital d’)].

L’Antiquité des larrons.

Ouvrage non moins curieux que delectable ; Composé en espagnol par Don Garcia et traduit en françois par le Sr. Daudiguier.

Paris, Toussainct Du Bray, 1621.

In-8 (166 x 99 mm) de (4) ff. (titre, préface au lecteur, privilège), 245 pp. et (3) pp. (table des matières) - Vélin souple de l’époque, dos lisse (reliure de l’époque).

TRES RARE ÉDITION ORIGINALE DE LA TRADUCTION FRANÇAISE parue deux ans après la première édition espagnole. Cette dernière avait paru à Paris sous le titre de : La Desordenada Codicia de los bienes ajenos. Les épigraphes des pages du texte espagnol portent : “La antiguedad y nobleza de los ladrones”, à l’origine du titre de notre version française.

Cette Antiquité des larrons de Carlos Garcia imite plusieurs des Novelas ejemplares de Cervantès, notamment La gitanilla, El coloquio de los perros et Rinconete y Cortadillo et est symptomatique de l’intense vogue des romans picaresques espagnols traduits en français dans les années 1620 (voir le n°2 de ce catalogue).

Le roman de Carlos Garcia est picaresque jusqu’au bout des ongles, mais aussi un ouvrage curieux qui le démarque quelque peu de ses congénères. Il s’attache aux mondes souterrains et glauques des geôles espagnoles, décrites pour ce qu’elles étaient, c’est à dire un véritable enfer et dont il dresse un terrible réquisitoire. La teinte picaresque permet à Garcia de jouer de l’ironie et d’effets de style pour appuyer l’air de rien là où cela fait mal : parallèle entre les rouages du système judiciaire et carcéral et l’organisation de l’Enfer, cynisme et cruauté des indicateurs, rabatteur-tentateurs, prévôts, sergents et autres geôliers, volonté d’incarcérer le plus de victimes possibles et descriptions plus que réalistes de la (sur)vie quotidienne des prisonniers.

La charge fut vivement ressentie et effraya les imprimeurs espagnols lesquels n’osèrent pas publier un ouvrage risquant de les mener directement dans les lieux même qu’il décrivait! C’est donc à Paris que Garcia se rendit pour publier son ouvrage en 1619 chez A. Tiffaine.

Le traducteur, Vital d’Audiguier, fut un peu militaire, puis producteur de vers et de rimes (à défaut d’être véritablement poète, à un moment où faire des vers était un moyen sûr et somme toute assez commun de s’introduire dans les meilleures maisons). Des revers de fortune le contraignirent néanmoins à vivre de sa plume pour subsister et le voilà donc traducteur de romans espagnols. Et pour le coup, à défaut d’être une divine surprise, force est de constater qu’il fut un traducteur de grande qualité, dans une langue souple et facile. Ses traductions, dont celle de notre Antiquité des larrons, eurent un vrai succès et amenèrent en 1658 l’Académie française à les désigner parmi les ouvrages les mieux écrits qu’il y eût en français.

Bel exemplaire en vélin souple du temps de cet ouvrage curieux.

Petit accroc au dos.

Brunet, II, 1480 ; Losada-Goya, Bibliographie critique de la littérature espagnole en France au XVIIe siècle, p. 267, n° 208 ; Palau, Manual del librero hispanoamericano, 97791.

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