L’OULIPO AUX TEMPS DE RABELAIS

OU LE MÉCANISME DE L’HUMOUR À LA RENAISSANCE

TABOUROT (Étienne).

Les bigarrures et touches du seigneur des accords.

Avec : Les touches du seigneur des accords.  

Les escraignes dijonnoises. Recueillies par le sieur des Accords.         

Les contes facécieux du sieur Gaulard gentilhomme de la Franche-Comté Bourguignotte. 

Le quatriesme des bigarrures du seigneur des accords. 

Rouen, David Geuffroy, 1616-1621.

5 parties en 1 volume in-12 de (12) ff., 181 ff. et (1) f. bl. ; (1) f. et 64 ff. ; (1)f. et 59 ff. ; 59 ff. (le dernier mal paginé 56) et (1)f. ; (4)f. et 50 ff. - Vélin rigide à rabats, dos lisse, titre manuscrit (reliure de l’époque).

 

TRÈS RARE ET IMPORTANTE  ÉDITION ROUENNAISE DES ÉCRITS DE TABOUROT.

 

Les Bigarrures se présentent comme un gros recueil, « un manuel à l’usage des poètes excentriques alors si nombreux, de ces malheureux dont la joie était de réussir une contrepèterie ou des vers rétrogrades » (Rémy de Gourmont).

 

Auteur rabelaisien et oulipien avant l’heure, Étienne Tabourot traite avec une parfaite érudition la question du divertissement langagier dans ce qui est de facto un véritable traité des mécanismes de l'humour à la Renaissance. Il explique tout d'abord, dans Les Bigarrures, le fonctionnement des jeux de mots fondés sur l'ambiguïté inhérente à la langue (équivoques, entends-trois) ou sur la déstructuration de celle-ci (contrepèteries, rébus) proposant à chaque fois une attaque ou un récit dont la force comique réside en un glissement de sens : passage du figuré au littéral, changement d'échelle ou de registre. Il s'intéresse ensuite aux formes traditionnelles de l'épigramme (Les Touches dont le terme renvoie au vocabulaire de l'escrime) ou du fabliau (Les Contes et Les Escraignes qui désignaient dans sa Bourgogne natale des huttes en terre dans lesquelles les filles des vignerons se réunissaient pour la veillée, et ce nom était par extension appliqué à des contes ou à des traits souvent peu édifiants). Plusieurs passages très lestes (c’est à dire un peu cochon) offrent des exemples caractéristiques de la littérature érotique d'avant l'âge classique.

 

Salué par les milieux savants du temps, les écrits de Tabourot eurent un succès insensé pour l’époque et restent une pièce incontournable de toute bibliothèque poétique.

 

Très bel exemplaire, d’une grande pureté, dans son vélin de l’époque.

 

Brunet, V, 629 – Francis Goyet, in Les Bigarrures d’Estienne Tabourot, Droz, 1986, I, p. LIV.

2800