ORAISONS FUNÈBRES DU GRAND SIÈCLE

SOUFFLE ET SOMMET DE LA LANGUE FRANÇAISE

 

LE PRÉCIEUX EXEMPLAIRE DE L’ABBÉ  JANON, AMI DE BOSSUET

 

BOSSUET (Jacques Benigne) et divers.

Recueil de neuf oraisons funèbres.

 

Paris, 1683-1690.

In-4 – Veau brun, dos lisse richement orné, remarquables gardes de deuil de papier noir et blanc (reliure de l’époque).

 

Provenance : Abbé Hugues Janon (ex-libris manuscrit du XVIIe siècle sur un f. blanc « M. Labé (sic) Janon rue Cassette ») – M. C. Dupres (ex-libris manuscrit du XVIIIe siècle à la fin du volume indiquant que le livre a été acheté le 23 mai 1784).

REMARQUABLE RECUEIL DE L’ÉPOQUE RÉUNISSANT 9 ORAISONS FUNÈBRES, DONT 4 DE BOSSUET, TOUTES EN ÉDITIONS ORIGINALES. LE PRÉCIEUX EXEMPLAIRE DE L'ABBÉ JANON, COLLABORATEUR ET INTIME DE BOSSUET.

 

Constitué à la toute fin du XVIIe siècle, le recueil est composé des pièces suivantes :

 

-        BOSSUET (Jacques Benigne). Oraison funèbre de très haut et très puissant prince Louis de Bourbon, prince de Condé,…Paris, Seb. Mabre-Cramoisy, 1687 ; in-4 de (1) f. et 62 pp. (la dernière non chiffrée), (2) ff.,

-        BOSSUET (Jacques Benigne). Oraison funèbre de très haut et puissant seigneur Messire Michel Le Tellier,…Paris, Sébastien Mabre-Carmoisy, 1686 ; in-4 de (1) f., 62 pp. et (1) f., (1) f.,

-        BOSSUET (Jacques Benigne). Oraison funèbre de très haute et très puissante Anne de Gonzague de Clèves, princesse PalatineParis, Sébastien Mabre- Cramoisy, 1685 ; in-4 de (1) f. et 60 pp. (la dernière non chiffrée), (1) f.,

-        BOSSUET (Jacques Benigne). Oraison de Marie-Therese d’Austriche, infante d’Espagne, reine de France et de NavarreParis, Seb. Mabre-Cramoisy, 1683 ; in-4 de (1) f. et 62 pp. (la dernière non chiffrée), (2) f.,

-        LA CHAMBRE (Abbé de). Oraison funèbre de Marie Terese d’Austriche, infante d’Espagne, reine de France et de NavarreParis, Gabriel Martin, 1684 ; in-4 de (1) f. et 52 pp.,

-        GALLOIS (Dom Antoine). Oraison funèbre de tres-auguste Princesse Marie Therese d’Austriche, reine de France et de Navarre, épouse du Roy Louis le Grand XIV. du nomParis, Guillaume de Luyne, 1683 ; in-4 de 42 pp. et (1) f.,

-        La magnifique Pompe funèbre et le service solemnel qui s’est fait dans l’Abbaye royale de saint Germain des Prez, Pour le repos de l’Ame de tres-haute, tres-excellente & tres-pieuse princesse Marie Therese d’Autriche,…Paris, François Muguet, 1683 ; in-4 de 26 pp. et 2 grandes planches dépliantes, (2) ff.,

-        LA BROUE (Pierre de). Oraison funèbre de tres-haute, tres-puissante et excellent princesse Marie Anne Christine de Baviere, dauphine de FranceParis, Veuve de Sébastien Mabre-Cramoisy, 1690 ; in-4 de (1) f. et 52 pp. (la dernière non chiffrée),

-        FELIX (Henry, comte de Châlon). Oraison funèbre de tres-haut, tres-puissant, et tres-magnanime prince monseigneur Louis de Bourbon prince de Condé, premier prince de sangParis, Antoine Dezallier, 1686 : in-4 de 34 pp et (1) f.

 

 

Ce recueil comprend, en éditions originales, quatre des six plus célèbres oraisons funèbres de Bossuet. A été reliée en premier celle relative à Louis de Bourbon, prince de Condé. Ce n’est vraisemblablement pas anodin, car c’est sans conteste l’oraison la plus émouvante et la plus belle de Bossuet. C’est aussi sa dernière et l’un des sommets de la langue française ; un moment rare où le français montre qu’il est riche à souhait pour incarner dans sa prose un souffle ample et tourbillonnant que les autres langues, pour respectables qu’elles soient, ne peuvent que difficilement lui contester : « Venez, peuples, venez maintenant ; mais venez plutôt, princes et seigneurs, et vous qui jugez la terre, et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel ; et vous, plus que tous les autres, princes et princesses, nobles rejetons de tant de rois, lumières de la France, mais aujourd’hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d’un nuage ; venez voir le peu qui nous reste d’une si auguste naissance, de tant de grandeur, de tant de gloire. » Sommet donc, mais aussi jalon prenant remarquablement sa place dans notre histoire littéraire, entre les grandes traductions fondatrices de Jacques Amyot au XVIe siècle, et le déferlement des vagues proustiennes de la Recherche du temps perdu.

 

Émouvante, l’oraison du Grand Condé l’est avant tout par la confession de Bossuet dans les dernières lignes, où se soumettant à son âge avancé,  il fait ses adieux aux excès mondains de sa vie publique pour se préparer à rendre saints les derniers moments de sa vie d’homme : « Au lieu de déplorer la mort des autres, GRAND PRINCE, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte : heureux, si averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie, les restes d’une voix qui tombe, & d’une ardeur qui s’éteint. »

 

Le recueil contient également pas moins de trois oraisons consacrées à Marie Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV mariée en 1660 dans une optique de pacification des relations entre la France et l’Espagne dont elle était l’Infante. Il contient surtout le très rare opuscule La magnifique pompe funèbre, ici bien complet de ses deux grandes planches dépliantes dessinées par Benoist et gravées par Marot qui manquent très souvent. Cette pièce décrit par le menu l’organisation et toute la symbolique emblématique qui présida aux funérailles, prenant ainsi sa place parmi les livres de fêtes et de cérémonies particulièrement recherchés

 

 

PRÉCIEUX EXEMPLAIRE DE L’ABBÉ HUGUES JANON, AMI DE BOSSUET.

 

Un ex-libris manuscrit (« M. Labé (sic) Janon rue Cassette ») sur un des feuillets intérieurs semble indiquer que le recueil a appartenu, voire a été constitué, par l’abbé Hugues Janon. Ce dernier, prêtre de grande qualité et ami de Bossuet, fut chargé par l’Aigle le Meaux de plusieurs missions et notamment de prendre en main la gestion de l’Évêché de Condom que Bossuet ne pouvait effectuer lui-même, retenu qu’il était par sa nouvelle charge de précepteur de grand Dauphin. Il eut surtout un rôle de médiateur dans la fameuse Querelle du Quiétisme qui opposa Bossuet à Fénelon. C’est effectivement chez lui, rue Cassette, que Bossuet rencontra madame de Guyon, suspectée d’un mysticisme peu orthodoxe.

Superbe et rare provenance contemporaine de Bossuet.

 

Bel exemplaire, remarquable par ses rares gardes de deuil de papier noir et blanc.

Infimes restaurations à la reliure.

9000